Nous avons interviewé des nageurs et des entraîneurs afin d'avoir leur avis personnel. Tout d'abord Alain Bernard (champion olympique) lors des championnats de France en bassin de 25m à Dijon le 6 décembre 2013 (excusez la mauvaise qualité de la vidéo) :

Interview Alain Bernard

Alain a donc contribué à cette évolution technologique en aidant Arena à développer ses combinaisons en polyuréthane. Cependant il approuve la décision de la Fina (fédération internationale de natation) d'interdire ces combinaisons.

    Nous avons par la suite interviewé nos propres entraîneurs à Hyères, Annick de Susini (participation aux JO de Montréal en 1976 et Moscou en 1980), dont nous avons des réponses écrites, et Frédéric Barale (ex entraîneur de Coralie Balmy, médaillée aux JO de Londres, et Solenne Figues, médaillée à Athènes en 2004), qui nous ont beaucoup aidés pour ce TPE :

Interview Fred Barale et Annick De Susini 

Suite à la mauvaise qualité de la vidéo, nous avons choisir de la retranscrire par écrit. Vous pourrez donc trouver juste en dessous le script de cette vidéo.

1/ Lors de la polémique, qu'avez-vous pensé de l'évolution technologique des combinaisons? Y étiez-vous favorable?

Annick.   "La technologie fait partie intégrante de notre société... Y compris dans le sport. La natation a beaucoup évolué au cours du dernier siècle. Essentiellement basée sur le loisir, elle a acquis au début du XXème siècle une évolution professionnelle dans la pratique et c est ainsi que " l’art de nager" s'est transformé progressivement en " science de la natation". L’équipement est devenu " un critère de performances". L’importance de la combinaison aujourd'hui est aussi grande que les chaussures d'un coureur à pieds. Le type de combinaison peut modifier le coût énergétique de la nage et la densité corporelle du nageur. Avant l’introduction du polyuréthane, des nageurs ont superposé (en toute impunité) jusqu' à 3 combinaisons en tissu et battu ainsi des records du monde. Les équipementiers ont profité d’un vide juridique pour imposer leur technologie et introduire le polyuréthane, laissant la FINA complètement dépassée par les évènements de cette évolution technologique. Elle n'a pas su entrevoir la vitesse de cette évolution, ou n’a pas voulu la voir. Conséquences: une multitude de records du monde battus à Rome, lors des championnats du monde en 2009. Face à cette réalité, la natation en pleine polémique, et en accord avec mes nageurs de niveau international, j’ai refusé le port de cette combinaison en tout polyuréthane. Je ne suis pas contre l'évolution technologique des combinaisons (c’est comme si je refusais d’avoir un portable aujourd'hui) mais pas au détriment des qualités naturelles du nageur. Je pense que le matériel ne doit pas inhiber ou inventer les qualités aquatiques du nageur et là, en l’occurrence, le tout polyuréthane permettait aux nageurs moins aquatiques de rester gainé jusqu' à la fin de leurs courses."

Fred.   "Mon avis importait peu, on subit les changements. Dans un premier temps on pensait que cela pouvait être intéressant mais vu l'ampleur que prenaient les choses, je pense que c'était une connerie de la FINA d'avoir laissé se développer ce matériel."

2/ Cela changeait-il la préparation des nageurs?

Annick.   "Le gainage, devenant un facteur moins important, puisque compensé par un matériel, le facteur musculaire est devenu une presque "priorité" dans l’entraînement. Ayant des nageurs relativement jeunes, je n’ai pas accéder à cette tendance... Qu’aurais- je fait  avec des nageurs adultes? Je me serais certainement adaptée à cette évolution."

Fred.   "Non, ça n'a rien changé. Ce qui changeait, c'est que des nageurs moyens sont devenus très bons. On s'apercevait qu'il n'y avait plus besoin d'être gainé, parce que la combinaison faisait le travail à la place du nageur. Par contre il n'y avait aucune amélioration de la flottabilité (sauf pour celle 100% polyuréthane). La combinaison compressait le corps du nageur et la flottabilité dépend du poids, qui ne changeait pas, et du volume, qui diminuait. La combinaison ne fait pas maigrir. Cela améliore la glisse, on a un meilleur contact avec l'eau (le tissu a une meilleure glisse que la peau sur l'eau)."

3/ Maintenant, que pensez-vous de l'interdiction ? Etait-ce judicieux, ou aurait-il fallu laisser la technologie évoluer ?

Fred.   "Il aurait fallu le faire avant, mais c'est toujours des histoires politiques et des histoires de gros sous. Je peux admettre qu'il y ait une amélioration au niveau de la technologie mais qui irait acheter un maillot ou du tissu à 400€ ? Alors oui, tu veux acheter la raquette de Nadal ou le vélo d'Armstrong avec la pharmacie qui va avec, mais je ne vois pas les gens acheter le maillot de Phelps. Donc je pense que c'était une connerie monumentale d'entrer là- dedans."

Annick.   "La technologie évolue sans cesse... Elle est simplement depuis 2010 plus réglementée. Je suis favorable à l’interdiction du tout polyuréthane depuis janvier 2010, PLACE aux qualités aquatiques du nageur, et à sa capacité d’atteindre, grâce à son travail, un effort maximal au niveau technique et énergétique. La FINA a déclaré lors de l’interdiction du polyuréthane, " la FINA tient à rappeler que la natation est un sport dont l’essence est la performance physique du sportif, le principe le plus fondamental" Dommage qu’elle n’eut pas été plus visionnaire... La technologie ne créé t’elle pas des inégalités entre les sportifs? Et ne dénature t'elle pas ainsi le sport?"

 

Chacun avait donc des avis différents, mais des points communs dans leur réflexion.

 

    Nous avons également recherché d'autres réactions de personnalités de la natation à cette polémique. Ainsi, si certains parlent de "dopage technologique" (Fred Barale), d'autres pensent que "ce n'est pas du dopage" mais une simple évolution technologique (Christian Donzé, ex DTN). Au coeur de la polémique, Denis Auguin, entraîneur d'Alain Bernard était "favorable à ce que l'on revienne aux combinaisons classiques, uniquement composées de tissu", mais pensait le retour aux simples maillots impossible à cause "d'enjeux financiers considérables".

Nous avons, suite aux interviews et à des recherches, regroupé les arguments favorables et défavorables à l'interdiction des combinaisons sous forme d'un tableau récapitulatif :

 

Favorables à l'interdiction

Défavorables à l'interdiction

Arguments :
  • Les combinaisons avantagent plus certains nageurs, ayant des morphologies plus imposantes, plus denses : 1/ en les aidant à mieux flotter, 2/ en réduisant leur traînée, de façon plus importante que d'autres nageurs plus "aquatiques" (fins, longilignes, légers)
  • Les combinaisons sont considérées comme du "dopage technologique" F. Barale                     
  • "Ces combinaisons gomment de façon incroyable les défauts des nageurs aux capacités moindres." D. Auguin                                              
  • "la natation est un sport dont l’essence est la performance physique du sportif, le principe le plus fondamental", et non pas la technologie.
  • De très importants enjeux financiers, les combinaisons rapportant énormemément d'argent aux différents équipementiers (une combinaison LZR coûte 450 €).        
  • Une évolution technologique semble "logique" comme dans d'autres sports (les cyclistes n'ont plus les mêmes vélos qu'en 1950 !)    
  • Une fois les combinaisons interdites, les records du monde ne seront plus égalables.                         
  • "Les combinaisons permettent plus de spectacle dans l'eau" F. Bousquet

 

Justin & Salomé ;)

 

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